Propos introductifs de Léonore Moncond’huy
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Intervention de Léonore Moncond’huy en séance plénière du 21 octobre 2019

Monsieur le président, mes chers collègues,

A mon tour de vous souhaiter une bonne rentrée, une rentrée qui est pour nous, écologistes, l’occasion de réaffirmer la trajectoire dans laquelle nous nous situons.

La feuille de route NéoTerra votée en juillet dernier nous a donné un cap. Un cap sur lequel nous devons tenir bon, parce-que la situation nous y oblige. La sécheresse inédite de cet été, que l’on croit finie parce-que la pluie est revenue mais qui s’aggrave d’année en année ; et notre environnement qui change, sous nos yeux, à une vitesse qui dépasse souvent les prévisions scientifiques.

Un exemple. Le glacier Arriel, celui situé le plus à l’ouest des Pyrénées, dans notre Région, vient définitivement de disparaître, conséquence de l’augmentation des températures. Nous irons à l’issue de cette plénière y apposer une plaque, comme un témoin de notre responsabilité à l’égard des générations futures. Nous connaissons ce qui se passe, les scientifiques nous disent ce que nous devons faire… l’aurons-nous fait lorsque nos enfants liront cette plaque ?

Comme le glacier Arriel, la moitié des glaciers pyrénéens ont déjà fondu et il est fort à craindre qu’ils disparaîtront tous d’ici 2040.

C’est une situation d’une tristesse infinie, avant tout. Moi, je lisais Frison-Roche quand j’étais petite, et ses aventures dans les glaciers alpins qui semblaient indestructibles, plus forts que l’homme, me faisaient rêver.

Mais passée la tristesse du cœur, c’est un rappel de l’urgence d’agir. Les glaciers forment des réserves d’eau douce capitales, tant pour les activités humaines que pour les écosystèmes de l’ensemble du Sud-Ouest : agriculture, tourisme, production hydroélectrique… C’est donc des filières économiques entières, puis notre approvisionnement en ressources vitales, que menace la disparition des glaciers, et le dérèglement climatique plus largement.

Pour protéger ces filières, pour nous protéger, pour protéger les plus précaires qui seront les premiers touchés, nous devons tenir fermement notre cap.

Mais si le cap doit être engagé de manière claire et sans ambiguïté, la transition s’accompagne. Les exemples sont légion pour montrer qu’une décision incomprise, non-concertée, peut avoir des effets contre-productifs par rapport aux ambitions écologiques que nous poursuivons.

Ce qui est vrai pour l’écologie est vrai pour l’ensemble des politiques auxquelles nous sommes confrontés.

En cette rentrée, prenons l’exemple de la réforme du lycée. C’est l’exemple même d’une réforme dont les objectifs peuvent s’entendre, mais gâchée par une approche hors-sol et non concertée. Alors que les politiques éducatives demandent, par essence, d’être ancrées dans le temps long, la précipitation et le changement incessant font avec cette réforme des dégâts considérables auprès des élèves, des familles, auprès de la communauté éducative. Je rends hommage aux chefs d’établissement, avec qui nous travaillons quotidiennement, et aux équipes éducatives qui ont dû s’adapter dans un temps record. Et que nous accompagnons au mieux, pour faire face à cette contrainte imposée, qui aurait mérité plus de temps, plus d’accompagnement, plus de moyens.

En ce qui concerne nos politiques, la crise écologique nous a conduit à inscrire dans NéoTerra la sortie des CMR d’ici à 2025 et des pesticides d’ici à 2030 dans notre Région. C’est un cap ambitieux, qui a le mérite de la clarté dans ses objectifs comme dans son échéance. Mais maintenant, nous devons jouer le jeu : tous les projets que nous finançons doivent nous aider à atteindre cet objectif, en matière agricole, en matière de gestion de l’eau, mais aussi en matière économique. C’est aussi un enjeu de crédibilité auprès des acteurs économiques, sociaux, de notre Région.

Nous proposons à l’occasion de cette plénière une motion de soutien aux Maires qui annoncent clairement l’obligation de sortie des pesticides, une motion qui appelle surtout à leur donner les moyens d’atteindre cet objectif. Car c’est aussi l’absence d’accompagnement, l’absence d’espaces d’échanges entre agriculteurs et citoyens, entre villes et campagnes, que naît l’ « agri-bashing » évoqué par le FN. Alors que l’ensemble de cette assemblée verdit son discours, nombre de nos motions concrétisant ce discours sont souvent rejetées, je pense à celle sur la taxation sur le kérosène. A minima pour répondre à NéoTerra, ce serait un signal fort que cette motion soit votée par une large majorité d’entre nous.

L’enjeu, aujourd’hui, c’est d’assurer la planification de la mutation de l’ensemble des secteurs. Brusquer les acteurs est risqué, mais l’absence de visibilité, a fortiori dans un contexte où eux aussi entendent les alertes environnementales, est tout aussi insécurisante pour les habitants et acteurs de notre Région.

Donner de la visibilité, suivre une ligne franchement tracée, c’est ce qui doit porter chacune de nos politiques. Nos orientations budgétaires s’imprègnent de NéoTerra, et tant mieux ! Mais c’est bien une réorientation globale et radicale qu’il faut engager. Toutes les politiques de la Région doivent être mobilisées, qu’il s’agisse des compétences historiques, ou des nouvelles compétences comme la prévention et la gestion des déchets qui représente un enjeu écologique majeur. Chaque direction devrait présenter dès maintenant une feuille de route destinée à atteindre les objectifs de NéoTerra, dans une temporalité qui voie plus loin que celle du temps politique.

Alors, oui, nous sommes souvent interpellés par les inquiétudes des filières professionnelles, qui alertent sur le risque économique que leur feraient courir nos choix politiques. Mais l’effondrement environnemental se moque des filières économiques. Assurer la résilience des emplois, assurer la résilience de notre économie, ce n’est pas assurer la survie de secteurs assurément amenés à disparaître. C’est au contraire leur donner un cap lucide, et planifier, avec eux, la mutation des activités et des emplois qui y sont liés.

Pour planifier cette mutation, l’enjeu est donc d’assumer un cap clair en interne, et un cap clair auprès des acteurs, en nous appuyant sur la marche importante que représente NéoTerra. Et nous avons pour cela une obligation de moyens : le budget 2020 et le redéploiement des effectifs au sein de la Région sera l’indicateur principal de cette volonté politique.

Je vous remercie.

[Seul le prononcé fait foi]