Intervention relative à la convention cadre de coopération avec l’Institut français des sciences et technologies des transports
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Intervention de Laurence Motoman sur la convention cadre de coopération avec l’IFSTTAR

Monsieur le président, mes chers collègues,

Acteur majeur de la recherche européenne sur la ville et les territoires, les transports et le génie civil, l’Ifsttar, l’Institut français des sciences et technologies des transports, conduit des travaux de recherche finalisée et d’expertise dans les domaines des transports, des infrastructures, des risques naturels et de la ville « pour améliorer les conditions de vie de nos concitoyens et plus largement favoriser un développement durable de nos sociétés. » Précisément l’objet de cette convention serait de favoriser en Nouvelle-Aquitaine les recherches en termes de « mobilité intelligente ».

Monsieur le président, le cocktail du « développement durable » et de la « mobilité intelligente » alerte les écologistes, habitués aux impostures des industries des transports et des lobbies de la pétrochimie : il faut lire entre ces termes convenus, vocabulaire de camouflage banal des pollueurs de toutes sortes, que les recherches en question vont conduire à principalement promouvoir un développement durable des mobilités… Plus de transports, plus de routes, plus de pollution et d’atteintes à la biodiversité.

On peut prendre pour illustration un thème de recherche dont l’Ifsttar a l’air particulièrement fier, pour vanter son expertise et son audace dans le domaine des mobilités: celui du platooning. Sachez, mes chers collègues, que le platooning, expression anglaise calquée du concept militaire de « peloton », a pour objectif de raccourcir les distances entre les véhicules organisés en convois, grâce à la communication électronique, ce qui leur permet d’accélérer ou de freiner à l’unisson.

En Europe, 80% du transport de marchandises s’effectue, hélas, par la route et particulièrement en France où L’État et la SNCF, ont depuis une trentaine d’années décidé d’abandonner tout investissement dans le fret ferroviaire de marchandises et la rénovation des lignes existantes au profit de ceux pour le tout TGV, notamment par la construction de nouvelles LGV, qui sont donc plus un problème que la solution à la congestion routière.

L’Ifsttar prétend faciliter encore l’augmentation du nombre de poids lourds en circulation, qu’elle prévoit de 40% d’ici 2050, grâce à ses recherches d’optimisation du fret routier en recourant au platooning, la circulation en convois de camions semi-automatisés pour, je cite « augmenter la capacité du réseau routier existant et le rayon d’action des véhicules », tout en réduisant la congestion et les temps de parcours pour le transport de fret.

Et, cerise sur le gâteau du cynisme, cet institut se vante ainsi d’apporter « une partie de la réponse à la pénurie annoncée de chauffeurs routiers et accroître ainsi la compétitivité des transporteurs ».

Comment peut-on dépenser l’argent public, car cette convention se traduira bien sûr à terme par des financements régionaux, pour financer des études de la même mouture que celle-ci qui a pour visée d’augmenter le trafic routier des poids lourds…

Ceci n’est qu’un exemple des activités de l’Ifsttar, mais il montre bien, une fois de plus selon l’avertissement de Rabelais, que « Science sans conscience – ici sans conscience écologique -, n’est que ruine de l’âme », et aussi ruine de notre environnement.

Vous comprendrez donc aisément que nous nous abstiendrons sur cette délibération.

Je vous remercie.

[Seul le prononcé fait foi]