Intervention de Nicolas Gamache : orientations budgétaires 2021
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Monsieur le Président, cher.e.s collègues,

Léonore Moncond’huy soulignait pour notre groupe en décembre dernier lors du vote du budget « qu’un virage, pris en douceur, est tangible, celui qu’imprime néo terra ». Elle évoquait ainsi un « changement de paradigme », appelé de nos vœux pour « la transition écologique et énergétique », dans « la forme » mais surtout dans « le fond », « sans pour autant être brusque et brutale ».

Depuis, un nouveau contexte s’est installé, brusquement et brutalement, et pourtant prévisible de longue date… simplement on ne savait quand ça surviendrait.

Ce contexte nouveau, celui de la crise sanitaire, remet en question beaucoup de prévisions et d’orientations, je pense aux points essentiels soulevés lors du dernier budget où nos préoccupations concernaient les taux de réalisation, l’intégration des préoccupations de NéoTerra comme feuille de route dans leur traduction budgétaire, la capacité de désendettement qu’il nous fallait maitriser, etc.

Le changement de paradigme que nous annoncions de longue date se pose désormais à nous alors que nous sommes devant le mur !

Ceci étant, nous nous félicitons de la mobilisation de notre collectivité pour faire face à la situation d’urgence et au déploiement de moyens pour venir en aide aux acteurs économiques, même si cela engendre une dégradation de nos comptes. Preuve s’il en est de la bonne tenue de nos finances et nous avons à chaque débat d’orientation budgétaire (DOB) et vote du budget souligné cette bonne tenue, car cela nous permet aujourd’hui, dans une situation tendue de faire face, et même au-delà, de ne pas impacter la constance de nos engagements, notamment en investissement, sous réserve et nous avions déjà souligné cette vigilance à maintenir, celle du taux de réalisation des crédits prévus.

Nous nous félicitons également d’ambitions, en restant perplexes sur leur aboutissement : celle de la stratégie orientée vers la formation, point positif, mais trouvera-t-elle écho au regard « de l’appareil de formation ? « 

Quelques interrogations se posent toutefois à nous :

  • Sur un retour à 7 ans du niveau de désendettement d’ici à 4 ans notamment

  • Sur un certain nombre de points, que relève aussi le CESER, et qui ne sont pas du fait de la collectivité et requestionnent la décentralisation et l’autonomie fiscale : notamment la suppression CVAE remplacée par une part TVA, déconnectant les recettes fiscales des compétences économiques régionales. Ce point est aggravé par des recettes compensées par l’État, insuffisantes et aléatoires sur le terme.

Interrogations qui s’ajoutent à d’autres : on reste accroché, au-delà de notre collectivité par ailleurs, à des indicateurs (croissance négative du PIB…) et qui méritent d’être interrogés dans le changement de paradigme dans lequel nous nous engageons : budget carbone que j’avais évoqué lors du dernier DOB, peut-être d’autres indicateurs qui ne prennent pas seulement la température de l’activité économique car nous risquons de ne pas voir d’autres maux qui prennent racine, je pense par exemple aux associations, trop peu considérées dans toutes les dimensions de leur apport à la vie du territoire. Associations qui représentent 160 000 emplois en région, « angle mou » comme l’énonce le CESER dans nos ambitions. Et je rejoins ce qui a été dit tout à l’heure sur le bénévolat.

L’incertitude est notre avenir

Le questionnement est celui d’un avenir où fort probablement de nouvelles pandémies ou autres problématiques – environnementales, climatiques – viendront de manière récurrente. Cette nouvelle donne entrainera (et même déjà) des modifications majeures de certains secteurs d’activités.

Redéployer des moyens sur le court terme ne doit pas nous aveugler sur les processus en cours, la pandémie est le fruit de la fuite en avant de l’humanité dans son rapport à la nature. Il nous faut ainsi ne plus envisager les catastrophes seulement par une approche conjoncturelle, mais changer de logiciel à multiples échelles : ce que Neo Terra est censé porter et en être la matrice. C’est donc aussi le modèle économique actuel qui doit être revisité et par la-même nous interroger sur les constructions budgétaires à venir, pour ne pas « panser » en permanence les crises mais la relance structurelle proposée dans le DOB repose beaucoup (voir essentiellement) sur le plan de reconquête technologique. Il faut aussi investir d’autres pistes et ne pas confondre progrès et innovation.

Que dire et penser également de l’articulation du plan de relance Région/État, avec notamment un CPER aux pourtours flous, ou pire, qui se calerait sur le plan de relance comme expliqué en commission : n’est-ce pas une vue court termiste et un risque de confusion entre réponses conjoncturelles et structurelles, ce deuxième point étant censé être l’essence d’un CPER, même si de nouveaux engagements sont possibles comme la réhabilitation des petites lignes ferroviaires ? Attention à ce travers dans lequel l’État veut nous entraîner.

La réponse à ces incertitudes est très optimiste dans les orientations budgétaires  et le rééquilibrage financier (notamment la réduction de la dette dès 2021) se base des éléments discutables.

  1. des projections de croissance très optimiste (+7% en 2021, +3 à 4% en 2022, 2023, 2024) qui ne prennent pas suffisamment en compte la durée réelle de la crise sanitaire et la force de la crise économique, sociale et environnementale systémique.

  2. des projections TICPE qui prévoient un retour à la normal dès 2021 (puis une baisse de 0,5% par an pour anticiper le changement des comportements : à ce rythme on aura divisé notre consommation de pétrole par 2 en 2155 !

L’année 2020 devait être cruciale pour le changement de paradigme et la mise en place de NéoTerra notamment : il s’avère que 2020 est bien cruciale, hélas nous subissons le fil des évènements pour ne pas les avoir mieux considéré plus tôt. Parce que sur les problématiques de l’eau, relevé déjà en 1974 par René Dumont, sur la biodiversité, la destruction à grande échelle des éco systèmes, ou encore par l’utilisation des pesticides où notre réponse est bien trop longue même si des objectifs sont inscrits ; dans notre organisation sociale et les disparités territoriales économiques qui voient creuser les inégalités de tous ordres (dans l’accès aux services, au numérique etc) mais, encore une fois, la fenêtre de tir se réduit, nous pouvons dire et espérer, il n’est jamais trop tard pour bien faire : tirons les leçons du passé, des événements présents pour mieux nous préparer et nous projeter sur l’avenir.

Andréa Brouille l’a souligné » en commission finance, « l’année 2020 est exceptionnelle », oui elle l’est au regard des années passées, l’est-elle vraiment par rapport aux années à venir ?

Si la peur n’engendre que le repli et des mauvaises réponses, et ce n’est pas l’état d’esprit dans lequel nous sommes, il n’en demeure pas moins que l’inquiétude nous habite dans des engagements encore trop peu marqués, dont la part d’incertitudes ne peut être l’alibi : le ceser lui-même l’a relevé, un trop grand flou règne encore sur la traduction budgétaire de neo terra, nous irons même plus loin, Neo terra ne doit pas s’arrêter à être une feuille de route fixant les objectifs pour une part seulement de notre engagement, mais doit être le filtre de tous nos engagements : 100 % neo terra !

On voit la bonne terminologie apparaitre dans ces orientations budgétaires : « la résilience » par exemple, mais qui fait oxymore avec le souhait de continuer comme avant, notamment dans l’aide aux entreprises. Deux solutions politiques à notre sens :

1. la résilience, dans les actes : par les éco-socio conditionnalités, meilleur moyen pour engager la transition écologique et énergétique dans les entreprises et donne une lisibilité au sens de l’action politique de notre collectivité et que nous appelons de nos vœux à chaque DOB.

2. Par NéoTerra à 100% : en octobre 2019 lors du DOB, je soulignais l’intérêt de porter 60% de nos actions à travers le filtre neo terra mais j’interrogeais sur les 40% restants, cette question reste d’actualité pour le prochain budget.

Le DOB 2021 présente le covid comme facteur de dégradation(s) conjoncturelle(s) des recettes et de certains indicateurs (désendettement), avec des scénarios de sortie de crise relativement optimistes (pas de confinement) mais 2 scenarios de 1 et 2 mois aussi (on risque fort pour 2021 d’être dans un cadre qui sorte de ces prévisions, et sur la durée et sur le mode de confinement).

Optimiste, le DOB s’inscrit dans un scenario qui l’est. Certes, comme l’énonçait le philosophe Alain, « le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté » et nous ne pouvons que saluer cette posture volontariste, mais « l’optimiste invente l’avion, le pessimiste invente le parachute ». Au final, les écologistes sans être ni l’un ni l’autre, sont plutôt réalistes, comme le disait William Arthur Ward, « le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va changer, le réaliste ajuste les voiles pour garder le cap ».

Enfin un mot pour répondre aux attaques incessantes sur notre majorité alors que certains voient dans notre diversité des divergences majeures. Dites-nous il n’y en a pas à droite où d’une liste en 2015 on a vu d’abord 3 groupes, puis 4, puis 5…

Idem l’extrême-droite qui a explosé en deux groupes en cours de route…

Et bien nous, dans nos différences, notre diversité, on a tenu tout le mandat !

Je vous remercie.
[Seul le prononcé fait foi]