Intervention de Lionel Frel : budget primitif 2021 et budgets annexes
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Monsieur le président, cher.e.s collègues,

Je voudrais remercier monsieur Mellier pour la qualité de son travail et la clarté de ses présentations en commission finances.

Je me permets juste de dire que le Rassemblement National continuera toujours à m’étonner avec sa vision complétement passéiste, non seulement de l’écologie, mais aussi sur toutes les politiques publiques, notre collègue monsieur Lacoste en a été encore le parfait exemple. Insulter le travail de l’ensemble des enseignants, et prôner le travail des enfants, ne va surement pas dans le sens de l’Histoire. Et de plus, avoir seulement l’invective ou l’insulte comme argument dessert ces censeurs de l’extrême-droite à chaque plénière.

Mis à part les leçons en écologie politique du professeur Aurélien Sebton, il faut noter combien sont nombreux dans les rangs de notre assemblée les Don Quichotte des éoliennes et des écologistes. Décidément, ce débat montre combien les écologistes vous préoccupent !

Ce débat à l’occasion du vote du dernier budget de la mandature est inédit.

Inédit parce que la situation est sans précédent, notamment en raison de la crise de la Covid.

De façon inédite, nous allons voter un budget dont nous savons dès maintenant qu’il a peu de chance de le voir se réaliser tel que. En effet, et malgré le travail d’arrache-pied de nos fonctionnaires territoriaux, nous partageons l’inquiétude du CESER qui pointe que nos services ont travaillé ce budget avec la version dite optimiste, c’est-à-dire celle qui prévoit un retour à la normale dès le début de 2021.

Nous l’avons pointé lors du débat d’orientation budgétaire, nous l’avons dit en commission finances, nous regrettons qu’il n’ait pas été possible de prendre en compte une situation plus conforme à la réalité.

Chacun sait que ce début 2021 ressemblera furieusement à cette fin 2020. La magie de Noël n’effacera pas la pandémie, la trêve des confiseurs n’épargnera pas toutes les personnes touchées par la Covid, que ce soit physiquement ou que ce soit dans le cadre de leurs activités professionnelles, culturelles ou sportives.

Il est aussi inédit pour une collectivité de voir sa capacité de désendettement divisée par plus de 2 en l’espace de quelques mois, et nous devrons être plus qu’attentif à l’évolution de l’endettement et à notre capacité à la rembourser.

Et cela parce que la Région agit, nous l’avons vu lors du plan de relance.

Des efforts énormes sont engagés par notre collectivité, dans tous les secteurs, mais notamment pour soutenir l’activité économique, la culture, pour conserver un espoir à notre jeunesse…

Mais, peut-être que ce dernier budget adopté dans cette mandature est l’occasion d’avoir aussi une sorte de lecture politique de ce document budgétaire et l’occasion de tracer un nouvel horizon dans les prochaines années pour notre Région.

Est-ce un budget écologique ? NON, diablement NON. Je reconnais de suite, monsieur le président que la majorité de la majorité a évolué sur les questions écologiques, grâce notamment à l’action de la composante écologique de la majorité régionale.

Parce que nous avons proposé en octobre 2018 un manifeste pour le climat, notre assemblée a ensuite adopté NéoTerra sous votre direction. Parce que nous vous avons convaincu sur l’urgence à réorienter le secteur agricole, l’assemblée a ensuite adopté le pacte ambition bio.

De façon générale, la direction prise par le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine va dans un sens plus écologique.

La direction est meilleure, mais que diable trouvons-nous que nous allons doucement, trop doucement, dans cette voie du développement soutenable, combien il reste des freins, et combien la conversion à l’écologie n’est pas complète.

Il en reste tant des anciennes pratiques qui empêchent notre Région d’avancer sur la voie de la modernité : la tromperie de la haute valeur environnementale (HVE) dans l’agriculture, qui assèche tous les budgets, les éco-socio-conditionnalités que nous avons réclamées vainement, année après année, toujours pas en place, la chimère du GPSO qui empêche la mise en œuvre de solutions alternatives, le mirage du désenclavement autoroutier, qui saccage la biodiversité et ne profite qu’à quelques-uns…

Arrêtons-nous là, et prenons le temps de tracer un nouvel horizon :

Et si c’était un budget écologique ?

Il passerait l’ensemble de nos décisions à travers le triple tamis de la protection de la biodiversité et de la lutte résolue contre le dérèglement climatique et celui de la justice sociale.

Un budget écologique, une gestion écologique de la Région, n’aurait pas laissé passer l’opportunité du plan de relance. L’opportunité d’inviter les acteurs socio-économiques de notre région à changer leurs pratiques pour construire ensemble, entreprises, salariés, associations, collectivités locales, construire ensemble des villes et des villages plus résilients.

Permettez-moi d’égrener juste quelques orientations pour un budget plus écologique :

  • mise en place des éco-socio-conditionnalités et changement des règlements d’intervention pour des entreprises pleinement soucieuses du développement soutenable, notamment avec des programmes soutenant l’écologie industrielle et l’écologie d’entreprise ;
  • accompagnement des industries polluantes et sans avenir vers une reconversion progressive, comme pour les secteurs de l’aéronautique ou de l’armement par exemple ;
  • plan de rénovation amplifié pour les lignes SNCF en privilégiant les petites lignes, ces trains du quotidien des ruraux, et abandon de la fermeture des haltes ferroviaires comme en Dordogne, mais aussi dans les autres départements ;
  • priorisation de l’agriculture biologique et fin de la duperie de la haute valeur environnementale et des bassines, et rémunérations des services rendus par les agriculteurs bio ;
  • plan massif de développement des énergies renouvelables, solaire bien sûr, mais aussi méthanisation paysanne et contrôlée, énergies des fleuves ou des marées, éoliens ;
  • massification de l’éducation l’Environnement-Nature pour un Développement Soutenable, grâce aux associations mais aussi dans nos lycées et CFA ;
  • protection de la biodiversité et reconquête écologique de nos villes et de nos campagnes ;
  • lutte acharnée contre le dérèglement climatique, avec l’isolation écologique des bâtiments, la priorisation aux transports en commun à commence par exemple par nos agents en leur accordant le forfait « Mobilités Durables » de 200 euros. Le décret d’application vient de sortir le 9 décembre.

Ce ne sont que quelques exemples, bien sûr, j’arrête là cette liste car vous savez combien nous avons de solutions efficaces et pragmatiques à mettre en œuvre pour des politiques publiques pleinement et résolument écologiques.

Un budget écologique favoriserait massivement l’investissement, il n’aurait pas peur de l’investissement, il n’hésiterait pas à recourir à de l’endettement dédié spécifiquement à l’action écologique afin d’en faire le bras armé d’une véritable relance soutenable au travers d’un NEW GREEN DEAL.

Un budget écologique, une gestion écologique de notre région ne se contenterait pas d’aller dans la direction voulue par l’État, ne suivrait pas sur le CPER (Contrat de Plan État-Région) l’État ou sur les fonds européens, un gouvernement adepte en même temps de la marche avant et de la marche arrière. Nous saurions garder le cap fixé, celui de ce nouvel horizon écologiste seul capable de répondre aux grands défis contemporains.

Alors oui, monsieur le président, les politiques publiques mises en œuvre par notre Région sont un peu plus écologiques.

Votre discours, monsieur le président, s’est peu à peu transformé et vous seriez parfois même tenté de donner des leçons d’écologie aux écologistes. Toutefois, la direction prise s’oriente peu à peu vers le cap de l’écologie, mais que diable avançons-nous encore doucement, freinés que nous sommes par cette idéologie de la croissance éternelle érigée en religion.

Des cabris sautent encore sur leurs chaises en criant « croissance, croissance, croissance », gageons que cela produise bien peu d’effet. Vous en conviendrez, ceux-ci appartiennent à un monde qui n’existe plus.

Parce que nous faisons partie de cette majorité, parce que l’opposition de droite et d’extrême-droite et celle de l’ultra-centre avec ses multiples composantes se tiennent tous en embuscade, et parce que les adeptes du « En même temps » se cachent là où nous ne les attendons pas, nous voterons pour ce budget car nous ne voulons pas ajouter du désordre à la crise qui nous touche tellement.

Toutefois, vous noterez notre abstention sur la totalité du chapitre Agriculture car nous ne voulons pas contribuer aux mensonges de la haute valeur environnementale et parce qu’il y a vraiment urgence à engager la transition énergétique de ce secteur afin d’assurer sa pérennité, et abstention sur la ligne 408 8110 du chapitre Infrastructure-Transport dédiée aux structures aéroportuaires et à leurs activités polluantes.

Je vous remercie.

[Seul le prononcé fait foi]