Intervention de Katia Bourdin : « Réaliser l’Egalité 2018-2021 » Communication du bilan de la deuxième année de déploiement du Plan d’action
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Monsieur le président, cher.e.s collègues,

Je me réjouis de cette plénière, ma préférée dans l’année, car c’est la seule où l’on parle autant des femmes et ce sont le plus souvent des femmes qui prennent la parole pour en parler. Double satisfaction car les femmes s’expriment davantage une fois dans l’année.

C’est l’occasion de nous intéresser très concrètement à la place des femmes dans notre maison, mais aussi dans la société en général.

Car, oui, et c’est le sens du plan « réaliser l’égalité » nos politiques portent la responsabilité de la révolution des consciences et des comportements dont notre nation a tant besoin.

Rappelons que ce quatrième rapport qui répond à une obligation légale permet de mesurer et d’analyser les écarts afin de proposer des mesures de correction vers une égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Ces diagnostics s’inscrivent maintenant dans une longue tradition d’études comparées, et je souhaiterais rendre hommage ici à une néo-aquitaine de 91 ans, Yvette Roudy, qui est la première à avoir inscrit dans la loi, durant son mandat de ministre, le premier rapport de situation comparée pour les entreprises en 1983, c’était il y a 37 ans !

Que de chemin parcouru !

Ici, grâce à des politiques volontaristes portées et des services EVAS de la Région qui ont intégré une grande majorité des préconisations portées par les écologistes lors du comité de pilotage qui comptent aujourd’hui dans les actions phares du plan :
  • La démarche vers les labels AFNOR diversité et l’égalité
  • Le budget genré annoncé pour 2021
Que de chemin parcouru grâce au budget de la Région consacrée à l’égalité et la lutte contre les discriminations qui n’a cessé d’augmenter.
Grâce aux nombreuses actions recensées pour le mois de l’égalité.
Grâce à une communication de moins en moins stéréotypée.
Nous avons toutes les raisons de nous réjouir de ces symboles, comme nous nous réjouissons, à l’échelle mondiale, de l’élection de Kamala Harris, première femme vice-présidente des États-Unis.

Mais que de chemin à parcourir encore !

Les ressorts des inégalités sont sous nos yeux au quotidien, les stigmates de la domination masculine qui restent ostentatoires, y compris au sein de cette maison.
Sur le volet interne du rapport (gestion des RH) :
  • En matière d’égalité professionnelle, une proportion d’hommes au sein du cabinet du président non représentative de la réalité de la population ;
  • Pas d’égalité professionnelle du fait des disparités salariales (page 20) et de l’inégal recours à la formation (page 21) ;
  • Pas résolue la question des freins insidieux à la formation et à l’évolution de la carrière des femmes pour l’accès aux responsabilités ;
  • La question du non recours au congé parental des employés de la Région (page 27).
Derrière ces inégalités salariales, et le temps de travail des femmes, le rapport ne le dit pas mais parlons des disparités des pensions de retraite.
Parlons aussi de la disproportion des arrêts maladie…
A une échelle plus large :
La culture du viol est partout, y compris dans les propos d’un ministre de l’Education nationale qui demande aux jeunes lycéennes de s’habiller autrement, mais contrôlez vos pulsions messieurs, éduquez vos fils mais ne salissez pas ces jeunes filles de vos regards malsains et rendez-leur leur liberté !

La permanence, la rémanence de stéréotypes sexistes, perceptibles au quotidien !

  • Vous le savez , en 2019, tous les 2 jours, une femme décédait sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint en France. Environ 40% des violences conjugales ont lieu pendant la grossesse révèle l’ARS !
  • En politique, malgré la loi sur la parité, on trouve à peine 40 % de femmes à l’Assemblée nationale et les dernières élections sénatoriales ont permis de franchir péniblement la barre de 34 % !
  • Dans les responsabilités confiées aux femmes dans les exécutifs, il est toujours des domaines réservés : les transports et les finances, réservés aux hommes (merci à Andréa Brouille de booster les statistiques qui portent à 11% les femmes ayant des délégations liées aux finances dans les exécutifs des conseils régionaux)
Et bien, ici comme ailleurs, notre collectivité doit contraindre avec des égaconditionnalités.
Le Haut Conseil à l’Egalité recommande depuis 2016, de conditionner les financements publics : marchés publics et subventions.
Et oui les politiques publiques ne sont pas neutres, elles aussi portent un sexe !
Sensibiliser, promouvoir ne suffit pas :
Quelques exemples dans l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel que nous soutenons largement.
  • Dans l’espace public et les grands médias les femmes sont les grandes absentes, seulement 20 à 25% de femmes dans les émissions d’information de télévision. À la télé et à la radio, une étude a révélé que les femmes même si elles sont présentes parlent deux fois moins que les hommes. Qu’en est-il véritablement sur notre chaîne régionale Noa ?
  • Dans le champ de la culture, les femmes ont longtemps été invisibilisées, seulement 23% de femmes dans les professionnels du cinéma, alors que la parité existe dans les écoles de cinéma. Seule 1 femme pour 55 hommes a reçu la palme d’or pour son film entre 1976 et 2018.
  • Les femmes restent très minoritaires dans la programmation des festivals cinématographiques ;
  • Et je n’ouvre pas la fenêtre des jeux vidéos…
Le match n’est pas juste une question de testostérone, l’hormone de la confiance en soi que les femmes sécrètent elles aussi. Ce combat est un combat culturel qui ne doit pas opposer les hommes et les femmes, ni les conservateurs aux suffragettes, ni les abolitionnistes aux esclavagistes, c’est un combat légitime et collectif contre une classe dominante et patriarcale pleine de bons sentiments mais pas prête pour une égalité réelle.
Pour sortir de l’économie de prédation qui banalise l’effondrement de la biodiversité et l’emballement du dérèglement climatique, il faudrait sortir du capitalisme !
Pour sortir d’une domination des hommes sur les femmes, dans le monde professionnel, comme au sein de la famille, il faudrait sortir du patriarcat !
Dans les deux cas il nous reste bien du chemin !
Je vous remercie.
[Seul le prononcé fait foi]