Intervention de Jean-Louis Pagès : l’intelligence économique au service du maintien et du développement de l’emploi des entreprises et des filières du territoire/feuille de route stratégique régionale et plan d’actions 2021-2022
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Monsieur le président, cher.e.s collègues,

Le développement et le maintien de l’emploi sur nos territoires, objet de la présente délibération, a toujours été une préoccupation affirmée des écologistes. Mais la visée des écologistes dans le domaine de l’économie est tout à fait originale, et beaucoup plus large et englobante, nous disons systémique, et elle porte aussi beaucoup plus loin puisqu’elle veut préserver la la nature, la santé des populations et les plus généralement les conditions de la vie sur notre planète.

Coconstruit avec l’État, l’ADI-N-A, les Chambres de commerce et les réseaux de professionnels, cette feuille de route de l’intelligence économique, nous en fournit les finalités : anticiper les évolutions de son environnement, protéger son patrimoine intellectuel et tenter d’influencer son environnement économique.

En fait, ce terme un peu mystérieux d’IE est calqué de l’anglais competitive intelligence qui éclaire bien sa conception sous-jacente : tout d’abord celle de compétition industrielle et ensuite de l’intelligence au sens anglo-saxon, comme dans CIA, plus proche de l’espionnage.

Nous allons nous abstenir de la voter pour deux raisons :

  • Tout d’abord, quand on parcourt ces documents on y voit triompher une conception dépassée de l’entreprise, vue comme un organisme en lutte avec son environnement qu’il faut dominer, de concurrents malveillants dont il doit se défendre. Le CESER s’est ému de la mise en avant du lobbying, et nous avons eu la même réaction : le lobbying a plutôt mauvaise presse auprès des militants écologistes habitués aux campagnes très agressives de porteurs d’intérêts privés qui essayent d’influencer certains élus ou administration au mépris de l’intérêt général que nous défendons. Il est vrai que le SYNFIE (Syndicat français de l’IE) propose une charte de d’éthique mais qui demande juste à ses adhérents de respecter les lois nationales dans ses moyens, ce qui est quand même un minimum et principalement la célèbre « loi de blocage » (de 68, puis européenne) de non-divulgation de données nationales sensibles à une puissance étrangère. Et c’est tout. Et c’est peu.
    Mes chers collègues, à part une allusion furtive à NéoTerra, ce document fait l’impasse sur le plus important, la prise en compte de la responsabilité sociale et environnementale, ainsi que les conditions globales de la résilience face aux immenses défis qui nous entourent, et la transition inéluctable de pans entiers de l’économie régionale.
  • Ensuite, sa conception de l’entreprise semble faire l’impasse sur la mondialisation de la constitution des capitaux qui peuvent déjouer tous les firewalls sécuritaires. Nous pouvons l’illustrer par l’exemple de la société Flying Whales, dont un de ses actionnaires les plus importants est la société étatique chinoise et vendeur d’armes Aviation Industry Corporation of China (AVIC). AVIC contrôlée à 100 % par le gouvernement chinois à travers la Commission de supervision et d’administration des biens publics (« SASAC ») possède 25% du K de FW, Or, AVIC est compromis dans un vol d’informations secrètes chez General Electric et un rapport de la Maison-Blanche de 2018 indique qu’AVIC a acquis des technologies étrangères pour renforcer l’industrie militaire chinoise. Le Québec voulait d’ailleurs accueillir lui aussi une filiale de Flying Whales (qui avait prévu des sites de recherches et de construction au Canada et en Chine), mais Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie québecois vient d’annoncer que le gouvernement d’Ottawa avait mis son veto en septembre tant les risques d’espionnage industriel étaient élevés.

En résumé, tant pour la prise en compte des bouleversements qui nous attendent, que pour la protection réelle des entreprises nous estimons que cette feuille rate finalement ses principales cibles, et nous nous abstenons.

Je vous remercie.

[Seul le prononcé fait foi]