Encore neuf bassines autorisées en ex-Poitou-Charentes : une fuite en avant mortifère pour notre agriculture et nos écosystèmes
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L’État vient d’autoriser la création de neuf réserves de stockage de l’eau sur le bassin d’Aume-Couture, sept en Charente et deux en Deux-Sèvres. Le groupe écologiste et citoyen à la Région Nouvelle-Aquitaine condamne cette décision mortifère pour les écosystèmes et pour le monde agricole.

Pourtant l’autorité environnementale avait rendu un avis très clair : elle estimait que « la justification du projet n’est pas satisfaisante » et soulignait notamment qu’ « il y aurait lieu dans le dossier de présenter le programme d’économie d’eau prévu à l’échelle du sous-bassin pour tenir compte de la faible disponibilité de la ressource, ainsi que les scenarii d’évolution des cultures après la création des retenues, en lien avec les enjeux de l’avifaune de plaine et tenant compte des perspectives de changement climatique ».

Le projet prévoit en effet le stockage de 1,64 millions de m3, en plus de volumes prélevés en été de 1,87 millions de m3. Soit un total de prélèvement de la ressource de 3,51 millions de m3, alors que le volume consommé ces dernières années s’établit entre 1,5 et 2,5 millions de m3.

« On est loin de la « substitution » et des économies d’eau indispensables au regard de la réalité des dérèglements climatiques ; il s’agit bien d’un accroissement du total des prélèvements au seul bénéfice de l’agriculture irriguée, avec toutes les conséquences que cela suppose sur les milieux naturels », explique Nicolas Thierry, vice-président à l’environnement et à la biodiversité.

« Sur plus de 400 agriculteurs sur ce territoire, seulement une vingtaine vont bénéficier de cette eau inéquitablement partagée. Et rien n’est prévu pour en garantir l’accès aux nouveaux installés. L’utilisation de l’eau est ainsi définitivement confisquée, de façon rigide, au bénéfice d’une minorité et sans aucune contrepartie. On encourage la poursuite d’un modèle agricole sans avenir, au mépris de l’eau bien commun ! », déplore Stéphane Trifiletti, délégué à l’éducation à la nature et vice-président de l’Établissement public territorial du bassin de la Charente.

L’État, qui devrait être garant de ce bien commun, a une grande responsabilité dans cette fuite en avant. Depuis des décennies, il autorise des volumes de prélèvements sur la base de l’historique de consommations d’eau liées aux pratiques intensives, et non sur les volumes disponibles pour que le milieu naturel reste en équilibre. Plusieurs fois, la justice a déclaré illégales ces autorisations accordées par la puissance publique.

Christine Seguinau, présidente du groupe, en tire les conséquences : « nous soutenons les recours des associations de défense de l’environnement contre ce projet et veillerons à ce que pas un euro de la Région ne contribue à le financer ».