RNR – Tercis-les-Bains – 16 mai 2017
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Discours de Nicolas Thierry à l’inauguration de la réserve naturelle régionale (RNR) géologique des carrières de Tercis-les-Bains :

Ce site sera dorénavant protégé de toute dégradation et placé sous le contrôle d’un comité scientifique.

Cette réserve naturelle, au delà de son indéniable intérêt faunistique et la floristique, est particulière car cette dernière abrite un patrimoine géologique extrêmement précieux, bien au delà de nos frontières régionales, mais bel et bien reconnu au niveau mondial.

Certaines couches, présentes sur le site, permettent de découper l’échelle des temps géologiques en intervalles reconnus au niveau international. Ces références, appelées stratotypes, appartiennent maintenant au patrimoine géologique mondial.

Comprendre des phénomènes passés, par l’observation du sous-sol, tels que des traces de vie, d’écosystèmes ou d’environnement aujourd’hui disparus, est absolument fondamental si nous voulons comprendre comment la vie résiste, réagit et surmonte les grandes épreuves auxquelles elle doit faire face, les pires étant les grandes crises d’extinction.

Faire le choix de protéger un site tel que celui de Tercis-les-Bains c’est donc aussi et surtout faire le choix de conserver dans les meilleures conditions l’une des pages du grand livre de l’histoire de la Terre.

Savoir lire le sous-sol, l‘histoire de la vie sur Terre, ici à Tercis-les-Bains, ou ailleurs, c’est en réalité se donner les moyens de prendre une leçon dont nous serions bien avisés collectivement de comprendre rapidement le sens.

Laquelle ? Beaucoup d’espèces, dont on a trouvé des fossiles sur le site de Tercis, n’étaient pas, sans les offenser, spécialement intelligente par rapport à nous. Pourtant force est de constater que ces dernières se sont toujours particulièrement bien adaptées à leur environnement et ainsi ont peuplé notre planète durant des centaines de millions d’années. Nous avons encore un peu de chemin pour rivaliser avec elle sur le terrain de la longévité…

Que doit-on en conclure ? Simplement, que le critère de survie d’une espèce n’est pas l’intelligence, mais sa capacité à vivre en harmonie avec la Nature. C’est précisément ce qui faisait dire à l’immense écrivain français André Gide, il y a un peu plus d’un demi siècle, que « l’intelligence, c’est la faculté d’adaptation ».

Cette réflexion à mener sur la manière dont on définit l’intelligence, et donc certainement la notion de progrès, doit au minimum et à court terme nous amener à développer une culture de l’impact ; c’est à dire se poser la question de l’influence et des conséquences de nos décisions sur l’évolution des milieux naturels et de la biodiversité dont nous faisons partie et dépendons intégralement.

Visiter un tel site géologique c’est avant tout une leçon d’humilité.