La biodiversité, un horizon audacieux pour la Nouvelle-Aquitaine !
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Intervention de Lionel Frel en séance plénière du 26 mars 2018

Monsieur le président, chèr·e·s collègues,

Nicolas Hulot, le ministre chargé de la mise en place d’un nouveau Plan biodiversité s’en offusque : la biodiversité, tout le monde s’en fout ! C’est son cri de colère devant l’assemblée nationale où ce plan sera débattu prochainement.

Nos politiques ont trop longtemps ignoré le lien essentiel de l’homme avec la nature et combien nous en sommes dépendants. Pourtant, les conséquences sont là.

Des conséquences clairement visibles sur les populations animales et sur l’eau

L’indice du WWF montre que les populations mondiales de poissons, d’oiseaux, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles ont régressé de 58 % entre 1970 et 2012. Il n’y a quasiment plus de vers de terre dans nos champs, on dénombre 80 % d’insectes en moins. Les scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle, et ceux du CNRS de Chizé, situé dans les Deux-Sèvres, affirment dans deux rapports publiés récemment que les populations d’oiseaux ont été réduites d’un tiers en 15 ans, avec 60% de moineaux friquet ayant disparu depuis 10 ans et un tiers d’alouettes des champs depuis 15 ans.

Selon les scientifiques, le déclin s’est intensifié depuis deux ans et il atteint un niveau proche de la catastrophe écologique :  comble de l’ironie, on arrive même à calculer qu’il y a deux fois moins de bruit dans la campagne qu’avant !

Les conséquences néfastes nous les retrouvons aussi sur ce bien commun à l’humanité qui nous est si indispensable : l’eau. La directive européenne Eau reconnaissait déjà en 2000 que « l’eau n’est pas un bien marchand comme les autres, mais un patrimoine qu’il faut protéger, défendre et traiter comme tel». Elle  rappelait qu’«une politique de l’eau efficace et cohérente doit tenir compte de la vulnérabilité des écosystèmes aquatiques» et qu’«une bonne qualité de l’eau garantira l’approvisionnement de la population en eau potable».

Dix-huit ans après, le 19 mars 2018, le 8ème forum mondial de l’eau de Brasilia vient de se terminer.  Il a officiellement été présenté comme le rapport mondial des Nations Unies sur «la mise en valeur des ressources en eau» sous-titré, «les solutions fondées sur la nature pour la gestion de l’eau».

Ce rapport invite à une approche plus globale de la gestion de l’eau et préconise des solutions écologiques. Il conclut qu’un déploiement accru de ces solutions écologiques est essentiel pour maintenir et améliorer la disponibilité de l’eau et sa qualité, tout en réduisant les risques connexes. Et, avertit : «si les solutions fondées sur la nature ne sont pas adoptées plus rapidement, la sécurité hydrique continuera à diminuer, et probablement à un rythme rapide».

La Nouvelle-Aquitaine se doit d’innover dans la gestion de l’eau

La région Nouvelle-Aquitaine, avec ses compartiments étroitement interconnectés : 74 000 km de cours d’eau, 26 000 étangs et lacs, 720 km de littoral, a l’opportunité d’impulser une nouvelle gestion de la ressource en eau.

L’état des lieux de la région confirme que ces milieux aquatiques doivent être appréhendés dans leur globalité. En Nouvelle-Aquitaine, ils sont fortement dégradés (20% des linéaires de cours d’eau à risques nitrates et 36% à risques pesticides). Un tiers des masses d’eaux souterraines sont en mauvais état chimique et 15% des masses d’eaux souterraines en déséquilibre quantitatif.

La qualité des eaux littorales est fortement dégradée autour des grands estuaires de la région, que ce soit leur état écologique ou la qualité de l’eau. L’eau destinée à la consommation humaine (EDCH) subit une telle pollution, que les systèmes de filtration sont inefficaces à filtrer certaines substances chimiques. La conséquence est qu’un grand nombre de néo-aquitains consomment une eau avec des dépassements de normes, mettant en péril leur santé.

De plus, le dérèglement climatique entrainera une série de conséquences, qu’il faut dès à présent anticiper. Il est prévu une réduction du débit moyen annuel de 50% d’ici 2050.

Vers des bouleversements durables de nos modes de vie

On pourrait continuer cet inventaire durant toute la séance plénière du Conseil régional. Il est important que nous ayons tous conscience que cet effondrement systémique de la biodiversité, conjugué aux effets du réchauffement climatique, changeront durablement nos modes de vie.

En matière d’eau, par exemple, il nous faut dès maintenant arbitrer pour anticiper les conflits d’usage de l’eau qui deviendront de plus en plus fréquents. Nous devrons même répondre à la question suivante : boire ou produire, il faut choisir.

Et ce n’est pas la fusion du plus gros empoisonneur des paysans et de la nature, Monsanto, avec le plus gros pharmacien Bayer qui peut nous rassurer. Notre ami José Bové vient d’estimer que l’acceptation par la Commission européenne de cette fusion « engage donc les Européens, comme d’ailleurs le reste de la planète, dans un monde à la Georges Orwell : du berceau au tombeau, ceux qui nous empoisonnent nous vendront aussi leurs médicaments pour nous guérir».

Des solutions écologiques existent

L’agriculture biologique, qui répond en plus à une très forte demande des consommateurs, qui créé plus d’emplois, qui préserve notre eau, nos terres et les femmes et les hommes qui les travaillent.

La transition écologique et énergétique qui permet une production plus respectueuse, plus durable, qui garde constamment le souci de l’utilisation rationnelle des ressources et de l’énergie.

Mais in fine, c’est bien la protection de la biodiversité qui doit nous guider. L’exemple des oiseaux commence à faire peur : plus de pesticides, moins d’insectes, moins de vers de terre, moins de mammifères et  moins d’oiseaux.  La base de la pyramide alimentaire commence à s’affaisser. Souvenons-nous que nous sommes à son sommet, nous la seule espèce animale ayant capacité à agir et à changer les choses, à changer le monde, ici et maintenant.

Après avoir commencé à faire de la Nouvelle-Aquitaine le champion français de la transition énergétique et de l’agriculture bio, amplifions le mouvement, faisons de la Nouvelle-Aquitaine, le champion de la protection de la biodiversité, de la nature et, in fine, de nous les femmes et les hommes de cette région, de ce pays, de cette planète, si belle et si unique.

Affirmons, dans notre SRADDET, dans nos politiques publiques, dans nos règlements d’intervention, dans nos actions quotidiennes au services des concitoyens de Nouvelle Aquitaine, affirmons la priorité à la biodiversité !

Je vous remercie.

[Seul le prononcé fait foi]

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