Intervention relative au budget primitif 2017
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Par Lionel Frel – Intervention en séance plénière du 13 février 2017

Cher Président, cher-es collègues,

On parle souvent d’innovation dans cette assemblée, on pourrait dire que le Région est une innovation à elle toute seule : fusion, transfert de compétences, nouvelles réalités régionales, découvertes de situation héritées, refonte complexe de l’organisation de l’administration, territoires en attente d’équité face à la tentation de la métropolisation…

La « machine » Région est loin d’avoir atteint une vitesse de croisière sur un long fleuve tranquille. Depuis le début du mandat, il y a un an, nous sommes comme dans un laboratoire.

Le budget 2016 et celui que nous examinons aujourd’hui en sont l’illustration. En 2016 il a fallu innover en construisant un budget « trois en un », tout en faisant avec les affres du passif picto-charentais. Le budget 2017 est un exercice aussi inédit, un budget qui, en quelque sorte, évolue en marchant entre nouvelles dépenses et nouvelles recettes, comme cela a été dit, et entre anciens dispositifs et nouvelles politiques.

Nous voulons saluer le sérieux et la célérité des services qui se sont attelé à la construction de ces innovations budgétaires.

Nous revendiquons, nous, groupe écologiste, d’être toujours plus impliqués dans les réalités et la rigueur de l’élaboration du budget, présents et attentifs dans la co-construction des budgets, car les chiffres sont d’abord là pour exprimer une volonté politique.

Un budget ne doit pas être un prétexte pour lancer des anathèmes un peu démagogiques de soi-disant gestionnaires. Quand j’entends certains réclamer à toute force des coupes dans les dépenses de fonctionnement, laissant croire que ces dépenses-là sont excessives et improductives, c’est faire peu de cas de l’énorme travail fourni par les agents de la Région, et d’autant plus avec la fusion. C’est faire peu de cas des subventions qui soutiennent les associations ou l’ingénierie dans les territoires, qui sont essentielles au bien vivre, aux projets et à l’équilibre dans cette Région. C’est faire peu de cas du service public du TER, des dotations aux lycées ou de la formation professionnelle des demandeurs d’emploi.

Marteler cette injonction aux économies de fonctionnement, c’est aussi ignorer que, de manière incontestable, les Régions sont les collectivités qui pèsent le moins dans la dépense publique, avec seulement 10 % du total de la dépense publique des collectivités locales. Ça, c’est la réalité des chiffres.

Un budget aux multiples innovations

Nous, écologistes, préférons saluer le sérieux et l’innovation qu’on trouve dans ce budget 2017 :

L’innovation, c’est de faire entrer la Nouvelle-Aquitaine, par son budget, dans le monde tel qu’il est. Et pas tel qu’il était avec de grands projets destructeurs de l’environnement et de finances publiques. Un monde qui nous rappelle tous les jours aux réalités et aux défis qui sont devant nous : effondrement de la biodiversité qui menace au premier chef l’espèce humaine, dérèglement climatique dû aux gaz à effet de serre qui impose de renoncer aux énergies fossiles, agriculture productiviste qui, à force d’intrants chimiques, détruit la santé des agriculteurs et des consommateurs et empoisonne nos biens communs que sont les sols et l’eau.

L’innovation, c’est inscrire l’ensemble de nos politiques dans la transition écologique.

L’innovation, c’est réinventer la politique culturelle en mettant en œuvre les droits culturels de chaque habitante et habitant de cette région.

L’innovation, c’est vouloir un schéma d’aménagement du territoire et des politiques territoriales très ambitieuses, inclusives et équitables.

L’innovation, c’est répondre à la précarité énergétique des ménages issue du dogme nucléaire. C’est massifier la rénovation énergétique des logements et c’est investir dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

C’est préserver et restaurer notre trésor commun et irremplaçable, la biodiversité, en réunissant un comité scientifique dédié à cet objectif et en lançant un plan pour la protection des pollinisateurs.

L’innovation, c’est avoir le courage de s’interroger sur les vraies raisons des crises sanitaires dans l’agriculture. Il faut oser s’interroger sur le fait que toutes les grandes crises sanitaires sont dues à un modèle de production industrielle, de la vache folle à la grippe aviaire. Quand seule la recherche de profit guide les acteurs économiques, on va dans le mur. Il faut s’interroger sur la perte de biodiversité. Il faut lutter contre le système de l’intégration, une information judiciaire a d’ailleurs été ouverte.

L’innovation, c’est augmenter le budget pour l’agriculture biologique et l’agroécologie de 21 %. Nous n’oublions pas, cependant, que les agriculteurs bio sont toujours en attente des aides qu’ils devaient toucher en 2015 et 2016, au titre du FEADER. Nous avons le devoir de leur apporter des réponses satisfaisantes et de ne pas remettre en cause la dynamique de conversion et de maintien en bio.

L’innovation sociale et sociétale, c’est poursuivre, sans en dévoyer le sens, l’expérimentation sur le revenu universel d’existence, un sujet cher aux écologistes et que nous portons depuis longtemps. C’est encourager les initiatives qui préparent le monde de demain et ouvrir des espaces d’émancipation pour nos concitoyens et nos concitoyennes.

Le groupe écologiste votera ce budget, hormis le chapitre transports (et nous y reviendrons), car il est un premier acte pour que notre Région prenne le chemin de l’innovation véritable.

Je vous remercie.

[Seul le prononcé fait foi]